Au sujet de ce document

Document PDF à téléchargerVous trouverez sur ces pages quelques éléments de réflexions spirituelles sur la religion musulmane. Pour plus d'informations sur les raisons qui m'ont poussé à les rédiger ainsi que sur l'optique dans laquelle il faut les lire, merci de consulter l'avant-propos de ce document.
 

J'ai entendu le Messager de Dieu déclarer que : « Les actes ne sont évalués que selon les intentions qui les inspirent. Chacun n'obtient de son œuvre que la valeur de son intention ; quiconque a émigré dans le but d'acquérir des biens terrestres, ou d'épouser une femme, n'obtient de son émigration que le fruit de son intention. »

(hadîth 1 d'al-Bukhârî)

Cette parole de Muhammad aurait été dite à propos d'un homme qui a émigré de La Mecque à Médine non pour prêter assistance au Prophète mais pour épouser une femme nommée Oumm Qays, ce qui ne mérite pas de récompense divine mais un simple profit terrestre conforme à son dessein. L'imâm ach-Châfi`î considère ce hadîth comme étant le tiers de l'islâm puisque l'islâm se concrétise par la parole, l'acte et l'intention.

Lorsque quelqu'un projette d'accomplir une bonne œuvre mais qu'il en est empêché, Dieu le rétribue quand même, rien que pour sa bonne intention. Le dessein surclasse l'œuvre elle-même ; aussi est-il nécessaire, avant toute tentative de méditation sur le Coran, de nous purifier et d'avoir une bonne intention, à savoir celle de mieux comprendre la parole de Dieu, avec Sa guidance.

Ouvrages de référence

Voici les principaux ouvrages que j'ai utilisés comme complément de réflexion sur le Coran. Je ne puis que vous inviter à vous les procurer car ils sont tous d'une exceptionnelle qualité.

Les versets coraniques de ce document proviennent d'une version téléchargeable en ligne. Ils sont en arabe partiellement vocalisé, ce qui n'est pas exactement celui du Coran, mais l'essentiel est quand même rendu.

Le style du Coran

Le Coran se présente sous une forme enchevêtrée et nombreuses sont les idées qui reviennent à de multiples reprises dans des sourates différentes. J'ai pensé plus commode et lisible de ne pas reprendre des explications et réflexions sur les concepts abordés toutes les fois où ils apparaissent. Un renvoi sera donc la plupart du temps fait à une sourate précédente. Cependant, j'apporterai parfois des compléments, conformément à la nature répétée de l'enseignement même du Coran.

Impressions sur les versets

Les non-arabisants qui lisent des traductions du Coran trouvent souvent les versets coraniques crus, peu fluides et incohérents. C'est ce qui se produit s'il est lu rapidement, sans prendre le temps de méditer dessus et de lire des notes explicatives sur la traduction des termes arabes sous-jacents. Sans cela, la sagesse et la beauté du Coran se retrouvent dénaturées et ses versets deviennent plats, ce qui est très loin d'être le cas.

Il faut aussi prendre en considération le fait que la religion est souvent perçue par les non-musulmans comme quelque chose de « supranaturel » dans lequel le monde physique et le monde spirituel sont distincts. Alors qu'au contraire, l'islâm fait appel à la raison comme chemin valide vers la foi ; réalité et spiritualité sont mélangées, si bien que tout acte de la vie, du plus simple au plus complexe, est accompli avec l'agrément de Dieu.

 

Enfin, le décalage avec les anciennes Écritures est à prendre en compte : les Évangiles du Nouveau Testament des chrétiens ne sont par exemple pas de la même nature que le Coran. Ceux-ci ne peuvent donc pas lui être directement comparés, si ce n'est avec les ahâdîth relatant les faits et gestes du Prophète. En conséquence, il ne faut pas que les non-musulmans s'étonnent de ne pas retrouver ce à quoi ils étaient habitués avec la Bible. Un œil frais, un regard nouveau et un cœur ouvert doivent accueillir les versets du Coran.

Les dangers de l'interprétation

Une très grande vigilance est requise lorsque l'on parle du Coran qui, tout en étant clair et perceptible à tous, n'en demeure pas moins complexe et en tout cas jamais direct. Il est vain de chercher à comprendre ce qui a de multiples sens possibles ; mais il faut méditer sur le Coran pour se rendre compte de cela. Seul Dieu en connaît la véritable signification, ainsi qu'Il le précise dans la sourate iii « La famille de `Imrân » ('Âl-`Imrân) :

 

7. — … Lui qui a fait descendre sur toi l'Écrit, dont tels signes, sa partie-mère, sont péremptoires, et tels autres ambigus. Qui porte au cœur la déviance, eh bien ! il s'attache à l'ambigu, par passion du trouble, passion de déchiffrer l'ambigu, alors que Dieu seul a la science de le déchiffrer, et que ceux de science bien assise se bornent à dire : « Nous y croyons : tout cela vient de notre Seigneur »
— Mais ne méditent que ceux dotés de moelles.
﴾۷﴿ هُوَ الَّذِي أَنْزَلَ عَلَيْكَ الْكِتَابَ مِنْهُ آَيَاتٌ مُحْكَمَاتٌ هُنَّ أُمُّ الْكِتَابِ وَأُخَرُ مُتَشَابِهَاتٌ فَأَمَّا الَّذِينَ فِي قُلُوبِهِمْ زَيْغٌ فَيَتَّبِعُونَ مَا تَشَابَهَ مِنْهُ ابْتِغَاءَ الْفِتْنَةِ وَابْتِغَاءَ تَأْوِيلِهِ وَمَا يَعْلَمُ تَأْوِيلَهُ إِلَّا اللَّهُ وَالرَّاسِخُونَ فِي الْعِلْمِ يَقُولُونَ آَمَنَّا بِهِ كُلٌّ مِنْ عِنْدِ رَبِّنَا وَمَا يَذَّكَّرُ إِلَّا أُولُو الْأَلْبَابِ

 

C'est pourquoi je prends bien soin dans le présent document de ni affirmer des faits ambigus ni délivrer des conclusions à partir d'éléments qui n'ont pas un limpide sens intrinsèque. N'oublions pas qu'à tous ceux qui enseignent des interprétations hasardeuses ou trompeuses du Rappel, est promise la Géhenne !

Il n'en faut toutefois pas moins noter que ces interprétations, si elles sont sincères, sont quand même utiles puisqu'elles permettent de faire avancer notre compréhension du Coran. C'est l'un des miracles de cette Écriture sainte : plus notre connaissance du monde et notre expérience progressent, plus le sens – parfois même insoupçonné – de certains passages du Coran se révèle à nous. Les différences d'opinion (ikhtilâf) sont bénéfiques pour l'avancée de l'humanité et l'acquisition potentielle de connaissances. Sans les commentaires antérieurs du Coran, il faudrait tout reprendre depuis zéro, au lieu de contribuer à les améliorer et à faire en sorte qu'ils deviennent de plus en plus pertinents et réfléchis au fur et à mesure des siècles. Il faut donc remercier les générations d'islamologues qui ont médité sur le Coran avant nous, de manière à éclairer nos réflexions actuelles.

Le Coran doit être considéré comme un tout : ses versets se répondent et s'amplifient entre eux par références croisées, de telle sorte que, finalement, le Coran est auto-expliqué.

Comment lire le Coran ?

Méditer la parole divine présuppose une démarche active. Il n'existe pas de bonne ou de mauvaise façon de le faire ; à chacun de trouver celle qui lui sied le mieux. Néanmoins, trois temps se dégagent nettement :

L'observation

Il faut tout d'abord observer le verset coranique et son éventuelle traduction. Le mieux est de la confronter avec une deuxième traduction, si possible dans une langue différente de la première. Les détails doivent être recherchés, ainsi que les sonorités, le style, l'articulation des phrases, le sens des mots, etc.

La compréhension

Il s'agit de redécouvrir le sens que le message avait lorsqu'il fut révélé : de qui ou de quoi il parle, le déroulement de l'action et l'enseignement que nous en retirons. Il est alors utile de lire d'autres passages du Coran, des commentaires et des ahâdîth qui s'y rapportent et qui pourraient aider à mieux comprendre celui-ci.

La méditation

Maintenant que le sens de la parole de Dieu est compris, il faut réfléchir à la manière dont elle doit être appliquée, notamment comment s'y conformer (exemple à suivre ou à ne pas suivre, modification de notre façon actuelle de penser ou d'agir), comment comprendre des situations de notre vie actuelle à partir de ce verset, comment mieux prier et louer Dieu pour Ses bienfaits, etc. Tout cela augmente notre foi.

Comment relire le Coran ?

Je suis d'avis qu'une deuxième facette est à prendre en considération après la phase de méditation. C'est une opinion tout à fait personnelle et vous pouvez très bien ne pas être d'accord avec celle-ci. Cela concerne l'adaptation du message transmis par le Coran dans notre quotidien. Certes certains peuvent penser – à tort ou à raison, mais ce n'est pas le sujet de mon propos – que la parole de Dieu doit être lue stricto sensu et qu'elle est intemporelle. Je crois néanmoins qu'elle est beaucoup plus complexe que cela.

Des points communs

Il est patent qu'au fur et à mesure des révélations consécutives aux juifs, aux chrétiens et aux musulmans, la parole divine connaît quelques modifications selon l'époque et le peuple en question. En revanche, demeure un cœur solide commun aux trois et c'est ce socle qui constitue notamment le fondement du bel-agir. Je pense qu'il vaut donc d'abord mieux se concentrer sur ce fond, très enrichissant spirituellement, moralement et intellectuellement, et que le reste relève davantage de la forme qu'autre chose. Je ne dis cependant pas qu'il ne faut pas prêter de l'importance à la forme, loin de là ! mais que le fond, qui constitue surtout notre comportement social et les valeurs de la vie en communauté, prime sur la forme, qui n'apporte que des nuances dans l'expression de la religion. Prier est par exemple un principe général tandis que la manière dont est réalisée la prière diffère. Il serait aussi passionnant de s'intéresser à une étude comparative entre les trois religions sémitiques monothéistes, les religions indiennes mystiques, la religion traditionnelle chinoise ainsi que ses écoles sapientielles, pour ne citer que ces grands courants religieux. Cela dépasse néanmoins largement le cadre de ce document.

Pour réaliser une analogie avec la médecine, je dirai que tout comme nous adaptons un traitement à un malade – tout traitement doit en effet être adapté au patient car c'est effectivement lui que l'on soigne, et non pas la maladie, chose que la médecine occidentale actuelle semble de plus en plus ignorer… — nous devons adapter le Rappel aux maux qui touchent notre siècle.

Le chemin que nous devons suivre dans notre société ne se réduit donc pas aussi simplement à une liste de règles strictes à appliquer mais à des comportements complexes dictés par le bon sens et respectueux de son prochain. De nombreuses valeurs de base ne cessent en effet de se perdre dans notre civilisation actuelle, à l'image de la tolérance qui est la plus fondamentale ; pourtant, il convient de ne pas perdre notre humanité. Pour ne donner qu'un seul exemple, le téléphone portable est un véritable fléau au niveau du respect d'autrui : très rares sont les personnes qui ne répondent pas à un appel entrant alors qu'elles sont en train de discuter avec une personne. Pourquoi la personne à l'autre bout du fil aurait-elle priorité sur la personne en face d'elle et avec qui la conversation est déjà engagée ? La même remarque concerne aussi ceux qui prennent un second appel quand ils en reçoivent le signal lors d'une conversation téléphonique. Quel effet cela produit-il de s'entendre dire de patienter ou, pire encore, de voir la conversation arrêtée parce qu'une seconde personne appelle ?

L'amélioration de soi

La religion doit permettre à l'homme de s'améliorer au quotidien et de préserver son humanité tout en le faisant progresser. La méditation spirituelle est un excellent catalyseur de réalisation de ses potentialités humaines. Et c'est pour cela que nous devons en permanence méditer sur les Écritures dans le but de nous perfectionner et de comprendre pourquoi nous devons agir de la façon que Dieu nous rappelle. Nos actions doivent être délibérées et réfléchies, et non pas issues de la mécréance, de la superstition ou de l'imitation de ce que font les autres.

C'est chaque jour que nous en apprenons davantage, au fur et à mesure de nos interrogations, recherches et méditations. La spiritualité est un travail de longue haleine qui dure toute sa vie si Dieu accorde Sa guidance. Il a en effet donné aux humains la faculté de penser, d'imaginer et de raisonner pour aboutir à des conclusions fondées sur la connaissance. Puissions-nous tous rechercher le bien à la fois dans notre monde et dans l'au-delà !

L'éducation

Il n'en faut pas moins noter que la plupart des personnes tirent leur croyance de l'éducation qu'elles ont reçue, si bien que nul ne peut être considéré comme « coupable » de mécréance ; nous sommes tous « victimes » de celle-ci et c'est pourquoi il convient de spirituellement s'élever de soi-même et de méditer par soi-même en s'assurant de la véracité de ce qui nous a été enseigné et de ce que nous entendons encore de nos jours.

Le succès

Nous pourrions définir le succès dans l'Islâm comme le progrès dans son chemin. À un moment donné, tout le monde est à un endroit différent de la Voie ; et il ne faut ni reculer ni s'en écarter par égarement, mais toujours avancer.

Mais jusqu'où avancer ?

C'est effectivement une excellente question qu'il est nécessaire de se poser. Car l'homme a beau vouloir accumuler la connaissance, à quoi lui sert-elle finalement ? Lui permet-elle de mieux vivre et de mieux se conduire ? Pour répondre à cette question, je vais citer un texte que mon père me rappelle souvent ; c'est l'un des critères de la sagesse dans le Dào Dé Jīng (道德經), à savoir le Classique de la Voie et de la Vertu, à la base du taoïsme :

 

48. Apprendre, c'est de jour en jour s'accroître
Suivre la Voie, de jour en jour décroître
Décroître encore décroître
Jusqu'au non-faire
Par le non-faire, rien qui ne se puisse faire
64. Voilà pourquoi le Sage désire le non-désir
Méprise les choses rares
Apprend à désapprendre
Enseigne au peuple à revenir de ses excès
Aide les choses à vivre selon leur nature
Et se garde de les forcer

 

Pour illustrer ce point, je vais raconter une histoire que m'a enseignée mon père : un Sage accueillit un jour chez lui un disciple très érudit et lui offrit, selon la coutume, une tasse de thé. Tout en s'entretenant avec son disciple, il lui servait le thé dans un petit bol posé sur une table basse. Le Sage lui demanda ce dont il aimerait discuter. « Veux-tu que nous discutions du Dào ? » Mais le disciple lui répondit qu'il connaissait déjà tout sur la Voie. « Veux-tu que nous discutions de la Vertu ? » Mais le disciple lui répondit à nouveau qu'il avait déjà tout appris sur la Vertu. « Veux-tu que nous discutions de l'Homme ? » Mais le disciple lui répondit une nouvelle fois qu'il n'avait plus rien à apprendre sur l'Homme. Or, ce faisant, le Sage continuait à remplir le bol, si bien que le thé commençait à déborder et à se répandre sur la table. Le disciple lui fit alors remarquer que le bol était plein. C'est alors que le Sage répondit : « C'est juste : le bol est plein. Mais vois-tu, il en va de l'esprit comme du bol : lorsqu'il est plein, il ne peut plus rien recevoir. Aussi n'ai-je plus rien à t'apprendre puisque tu me dis tout savoir sur tout. Apprends à désapprendre en suivant la Voie chaque jour et alors nous pourrons discuter. »

Le Sage ne s'exhibe point et du coup resplendit ; il ne se glorifie point ni ne parle de ses succès. Ne rivalisant donc point, il n'a pas de rival. En outre, d'une grande vertu, le Sage ignore sa propre vertu et c'est pourquoi il a de la vertu, qu'il pratique sans y songer, à la différence des hommes qui se disent vertueux et qui pratiquent la vertu avec intention, et c'est pourquoi ils n'en ont pas.

Le Sage taoïste se guérit donc de la maladie du savoir. Savoir que l'on ne peut savoir, c'est bien. Apprendre à désapprendre, c'est mieux. Faire le non-faire et désirer le non-désir, c'est le summum. Et cela doit toujours aller dans le sens de la Création et s'accorder avec les lois de la nature, sans jamais s'y opposer ni les forcer. Si l'on fait ce qu'il faut, la terre nous protège ; si l'on reste en « quiétude suprême », le ciel nous protège. Celui qui connaît la Voie n'est pas savant ; celui qui est savant ne la connaît pas. Le Sage estime le fruit et laisse la fleur.

La méditation du Coran doit, à terme, s'épurer pour ne plus exprimer que de manière ineffable ses principes immuables. Dès lors, l'homme surmonte la dispersion de son âme et devient pleinement présent.

Cela montre que la vie usuelle, c'est l'apprentissage et la connaissance. Quant à la sagesse véritable, elle correspond à ne plus savoir, après avoir connu. Suivre le chemin, c'est décroître vers le non-faire et, fait remarquable, ce non-agir permet de tout réaliser. Pour les croyants, il ne faut d'ailleurs pas oublier que tout est possible lorsque l'on a la foi ; rien n'est impossible pour celui qui croit et ne doute pas, comme le dit Jésus lorsqu'il est questionné par ses disciples sur une guérison qu'ils n'ont pas réussi à faire (Évangile selon saint Matthieu, 17:14–20) :

 

20. — Parce que vous n'avez que peu de foi, leur répondit-il. Vraiment, je vous l'assure, si vous aviez de la foi, même si elle n'était pas plus grosse qu'une graine de moutarde, vous pourriez commander à cette montagne : Déplace-toi d'ici jusque là-bas, et elle le ferait. Rien ne vous serait impossible.

 

↑ Retour au haut de cette page

Pages connexes

← Retour au menu précédent